La Perle Noire 
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Présentation de l'éditeur: Cette collection de trois nouvelles sous le titre commun: «La Perle Noire » s'appuie sur mes notes de voyage en Italie. Chacun des personnages que j'ai rencontré me raconta une histoire émouvante de sa vie. Tandis qu'ils se confiaient, ils firent notamment l'expérience d'une catharsis, un nettoyage tant émotionnel que spirituel , se libèrant ainsi de leurs émotions dans le dessein apparent de dompter le chaos parfois inutile de leur vie ... Leur besoin de se confier découlait de leur urgence intérieure à faire le tri de leurs pensées. Chacun de nous a besoin de compréhension et d'affection. Toutes ces histoires démontrent l'implacable loi de la vie qui amène finalement les protagonistes à une conscience transcendée et une plénitude cohérente. Je vous invite à partager leur expérience le temps d'un livre, une part d'eux trouvera à n'en pas douter une résonance au plus profond de vous-même.

Sous la photo de couverture, vous pourrez lire gratuitement la dernière des 3 nouvelles du triptyque La Perle Noire :




Je restais comme en transe durant plusieurs heures en écrivant mon roman.
Je vis Paris dans mes rêves. Le Paris de Moor, celui de Gauguin et d'Hugo.
Quand je me réveillai, je réalisai que j'étais toujours en Italie.
Je quittai la table et sortis de la chambre. Je décidai de me dégourdir les jambes.
En premier lieu, je voulais visiter l'orangerie de l'hôtel. Un homme courtois m'ouvrit la porte du jardin et nous y entrâmes ensemble. J'inspirai ce parfum typique de l'atmosphère magique de Venise.
C'est un beau endroit, n'est-ce pas ? - me demanda-t-il en mauvais anglais.
En effet – répondis-je – mais, si je n'ai pu résister au charme de cette ville et ce dès le premier instant, c'est en France que mes rêves m'emmènent maintenant.
Pourquoi en France ? - me demanda-t-il, intrigué.
Je suis en train d'écrire un livre sur Paris – répondis je.
C'est super – s'exclama-t'il pour redemander après un instant : - Mais pourquoi tu écris sur Paris tout en se trouvant en Italie ? Tu devrais être sur place pour parler de cette ville.
Enfin, c'est un livre d'amour. - expliquai je, me délectant de la fraîcheur de la terre mouillée.
Après quelques instants, nous empruntâmes une piste en blocs de marbre pour nous promener le long d'une rangée de cyprès; au bord, nous vîmes de splendides lauriers roses. L'orangerie était construite de façon moderne, haute de deux étages, toute de lignes courbes et percée d'arches. La façade était ornée de fenêtres étroites et d'innombrables reliefs.

Ça explique ton séjour à Venise... Mais je me dis qu'il doit y avoir une bonnne raison si tu n'es pas partie à Paris.
Non, il n'y a pas de raison. - mentis-je.
Excusez-moi, je ne voulais pas m'imposer –dit il dit un peu confus.
Vous ne vous imposez pas, ce n'est pas grave – balbutiai-je.

La lumière des lanternes se reflétait sur les vitres de l'orangerie. Une ambiance de panthéon délaissé submergea alors les rues. J'eus envie de sortir à ce moment précis. Mais l'inconnu me parla de nouveau:
Quant à moi, j'habite Paris et je dois avouer que, depuis un moment, je ne rêve plus que de Venise. J'ai décidé de revenir ici. Je veux me procurer quelque chose d'exceptionnel pour ma galerie.
Tu penses à quoi en particulier ? - demandai je.
Je veux acheter quelque chose de vraiment unique. - dit il – tu sais, lors de mon dernier séjour ici, on m'a volé quelques objets précieux – il devint soudainement triste et s'assit sur un banc du jardin.
Je suis désolée – dis je à voix basse.
J'ai fait la connaissance de beaucoup d'artistes ici. Toi aussi, tu vas en rencontrer, tu vas voir... - il esquissa un sourire. Il sortit un mouchoir de sa poche et se mit à nettoyer ses lunettes. Je le regardai sans rien dire. - Et c'est ainsi que je l'ai connue . C'était la plus belle femme que j'aie jamais vu. Elle était aussi dotée d'un grand talent. Je me rappelle très bien cette cicatrice sur sa joue. Je suis venu ici pour la retrouver... - il se tût pour reprendre après quelques secondes – mais malgré deux semaines de recherches, aucun résultat. Demain à 15h, je prends le train d pour rentrer à Paris.
Je le regardai encore une fois et, soudain, je me rendis compte que je devrais, moi aussi, aller à Paris.
Je m'appelle Pierre – il tendit vers moi sa main droite en ajustant ses lunettes.
Madlen – répondis-je en serrant sa main.
Un beau prénom – dit il.
Je l'ai hérité de ma grand-mère qui était américaine, répondis-je avec la gorge serrée . Je me rappelai soudain avoir déjà entendu ça: un beau prénom. J'étais très émue sans savoir pourquoi. Je me surpris même à penser au retour à Paris. Je dis au revoir à Pierre et quittai l'orangerie.
Venise me saluait avec ses magasins fermés, ses persiennes baissées qui laissaient, de-ci,de-là, filtrer un rai de lumière qui signifiait peut-être un rendez-vous. Enfin, je me trouvais dans la ville de l'amour ! A mesure que je m'éloignais de l'hôtel, je cessais d'être sous le charme de l'orangerie pour devenir de plus en plus curieuse de la ville. Je me promenais le long du Canalazzo, sous le ciel parsemé d'étoiles d'argent, admirant les palais qui exhibaient leurs superbes façades sur les deux rives du canal... le temps avait partiellement effacé les exquises couleurs des fresques, le marbre commençait à s'émietter et les fondations étaient déjà sapées par les ondes, mais cela n'empêchait pas les vénitiens de dire à raison que c'était la plus belle rue du monde. Soudainement, je me trouvai devant l'hôtel Danielli, qui autrefois fut habité par Balzac, Proust, Dickens et George Sand. Pendant un instant, je pensai faire halte ici pour mon prochain séjour vénitien... Ensuite, je rejoignis le Ponte della Paglia. Sur ce pont pittoresque je ressentis une immense joie : c'était une vie nouvelle qui s'ouvrait devant moi. Au milieu de ces pensées optimistes, je vis une femme à cheval sur l'angle de la balustrade. Je présumai qu'elle voulait sauter. Aussitôt réalisé son intention je me ruai en courant vers elle.
Descendez de là ! - criai-je – sinon vous allez glisser et tomber !
C'est ce que je veux ! - répondit elle d'une voix stressée – Je ne veux plus vivre !!
Mais pourquoi ? - murmurai-je épouvantée sans me rendre compte de la stupidité de ma question.
La femme esquissa un sourire amer .
Pourquoi? - son équilibre était si précaire – Vous voulez connaître la vérité?
Oui, mais vous devez d'abord descendre, ensuite vous me raconterez votre histoire – balbutiai-je. J'étais très angoissée. La femme me jeta un regard virulent et dit avec un peu plus de calme:
Je suis écartelée entre deux mondes... Le monde du passé et celui du présent.
Je fus un peu surprise par cette confession, cependant je compris. Moi même, me me trouvais dans en situation de d'avoir à décider si je voulais changer de vie ou laisser les choses telles qu'elles . Je me trouvais à un aiguillage, au seuil d'une mutation, mais ces changements exigeaient que je quitte les lieux que je chéris pour initier une nouvelle ère
La femme descendit de la balustrade et apparut devant moi. Je la scrutai pendant un instant. Elle était jeune et très belle. Elle s'appelait Francesca, elle était sculpteur. Plus elle parlait, plus elle m'intriguait.
Est-ce que tu veux prendre un café ? - demandai-je sans réfléchir : à cette heure tous les cafés étaient fermés.
Volontiers – répondit-elle – Si tu veux, je peux te montrer quelque chose...
Tu veux me montrer quoi ?
Mon atelier, c''est pas loin d'ici, on va y prendre un café. Viens...
Nous allâmes pendant un certain temps sans rien dire. Après une dizaine de minutes, nous nous retrouvâmes dans une maison qui, à mon avis, prenait lentement l'eau. Quand nous entrâmes dedans, il me sembla que les gouttes d'un liquide noir s'écoulaient des crevasse du parquet et des parois. Mais ce n'était qu'une illusion: le lieu était simplement très humide. J'étais assise sur un fauteuil alors que Francesca préparait le café. J'avais l'impression de dérader et de voir derrière les fenêtres des lumières tremblantes. Je quittai mon fauteuil, traversai la chambre en direction de la porte fermée. Je regardai par le trou de la serrure. J'étais fascinée par ce que je voyais. J'ouvris la porte et me retrouvai dans une salle ovale au milieu de laquelle quelques mannequins formaient un cercle. Chaque visage était couvert d'un masque vénitien qui me regardait comme s'ils était vivant. L'un de ces mannequins avait l'air de me tendre la main, m'invitant à approcher. Je sentis la sueur froide sur mon dos. Je paniquai.
Madlen ? - entendis-je derrière moi... Je frémis...
Je m'occupe aussi de la réalisation des masques du carnaval – me dit-elle . Je jetai un oeil dans la salle. - Je sais – ajouta-t-elle – ce n'est pas un luxueux atelier... mais le loyer est très modique. Autrefois, j'habitais à l'ouest de la ville.
Malgré moi, je regardai ma montre: il était minuit passé . Je pris du café et Francesca me montra quelques masques. Plusieurs d'entre eux étaient liés à l'histoire de Venise. J'étais fascimée surtout par des éléments fixes comme ce bec de médecin à l'époque de la grande peste. Un costume sinistre – pensai-je en serrant le masque dans ma main.
Tu sais – dis-je à Francesca – je n'ai jamais vu le carnaval de Venise.
Tu devrais si tu veux te familiariser avec les intrigues vénitiennes. - elle se mit à rire – en apparence ce sont les masques et les costumes qui jouent le rôle principal au cours du carnaval. En réalité, c'est l'intrigue qui importe. Tous les conflits sociaux s'interrompant, les participants se font des farces sans risque de représailles .
Tu y y participes chaque année ?
Non, mais je suis allée au dernier. Malheureusement...
Dans mon for intérieur je sentis qu'il était arrivé là quelque chose, qui était lié directement avec la tentative de suicide d'aujourd'hui. Francesca s'approcha du mannequin vêtu d'un manteau noir et d'un chapeau. Elle l'embrassa, comme on embrasse un enfant, elle commença à raconter:
C'était une froid journée d'hiver. Un autre jour où j'aurais bien voulu faire des masques si seulement j''avais eu une commande... Le chauffage était éteint et je dansais avec un mannequin pour me réchauffer. Je ne savais pas qu'un inconnu me regardait par la fenêtre. Quand je l'aperçus je laissai le mannequin. Malgré tout, l'inconnu entra dans l'atelier pour me dire que ma danse lui avait plu et qu'il était intéressé par mes masques. Je lui en fit voir quelques uns mais aucun ne l'intéressa assez pour l'acheter. Il réfléchit longtemps en regardant mes yeux et a demanda enfin :
Pourriez-vous faire un masque pour moi ?
Bien sûr, lequel désirez  vous? - demandai-je pressentant qu'il était connaisseur d'art : il scrutait minutieusement mes produits.
Je voudrais un masque doré pour la dernière nuit du carnaval – expliqua-t-il – Si vous permettez, je voudrais revenir chaque jour pour observer votre travail.
Je fus un peu surprise par cette exigence, car l'élaboration d'un tel masque n'est pas un long processus, mais s'il exprimait un tel désir, cela signifiait qu'il voulait absolument y assister.
Bien – j'acceptai sa commande – Voulez vous que je commence tout de suite ?
Oui, s'il vous plaît – il ne reste que quatre jours jusqu'à la fin du carnaval.
Quand il s'assit sur une chaise au milieu de l'atelier, je lui demandai:
Il me semble que le XIXème siècle devrait être le fil conducteur: la ville des femmes avec Sissi comme un exemple d'élégance...
C'est dans ce dessein que j'ai vu Senso, le film de Visconti. - ajouta-t-il en ôtant les lunettes pour les mettre dans une poche de son manteau. - Cela aura l'air romantique – continua-t-il pendant que j'étais en train de sculpter son visage dans l'argile. - ils veulent même illuminer le Grand Canal comme à l'époque...
Pst... – je voulais le faire taire pour me concentrer sur mon boulot, mais c'était peine perdue car je sentais son regard posé sur moi. Il ne cessa pas de parler et, je ne sais plus quand, il commença à me faire des confidences. Il me raconta ses voyages en Italie à la recherche d'objets rares et précieux pour son magasin. Ils étaient toujours infructueux : il ne parvenait pas à trouver la pièce rare et inconnue. Une fois arrivé à Venise, il loua une gondole pour aller et venir sans but, en réfléchissant à ce qu'il avait à faire ici. Et c'était alors, qu'il me vit danser avec le mannequin.
Je vis que Francesca respirait avec difficulté. Elle se leva, alla en cuisine pour revenir aussitôt avec le pot de café. Elle remplit nos tasses. Ses tasses étaient en porcelaine, ornées d'un motif floral délicat, mais je ne les vis pas bien, car je la sentais émue et sur le qui-vive.
C'était un veuf sans enfants... - me dit elle en prenant son café. - Quand j'étais en train de façonner l'argile et que je me mis à la cuire il quitta mon atelier en annonçant son retour pour le lendemain. Il me paya un acompte afin de me rassurer sur son honnêteté. Il était généreux: le même soir je payai mon loyer, le chauffage, je remplis le frigo et restais à l'atelier au moment où la lune inonda la ville de sa lumière. Après, j' allai Place Saint-Marc.
Moi aussi, je veux y aller demain – l'interrompis-je – Je me suis jurée de prendre un capuccino au Café Florian.
Je dois te prévenir que leurs prix sont exorbitants – dit-elle– mais je comprends pourquoi tu veux y aller – elle me scruta d'un regard inquisiteur – Autrefois, c'était un lieu préféré des écrivains.
Oui – affirmai-je – Et toi, pourquoi allais tu Place Saint-Marc ?
Je voulais donner un peu d'argent à mon père – expliqua-t-elle – il est gardien de nuit à la Zecca.
Dans cette fameuse banque?
Oui, mais il n'y gagne pas grand-chose bien que ce soit une banque. - dit-elle avec sarcasme. - Mais tu ne me croiras pas si je te dis qui j'ai rencontré chemin faisant.
Ton client ?
Oui. Il scrutait une campanile lumineuse sans attirer l'attention des gens autour de lui.
Je lui demandai ce qu'il faisait là et il me répondit qu'il allait à la Fenice. Après quelques instants, il me demanda si je voulais l'accompagner, car un ami lui avait donné deux entrées et il ne savait pas quoi faire de la seconde. J'avoue que j'étais enchantée par cette proposition. Je n'étais pas allée depuis des années à l'opéra et c'était une soirée Traviatta de Verdi. J'étais très heureuse de pouvoir voir ce spectacle : abasourdie et plongée dans l'écoute, je ne vis même pas le moment où il prit ma main, pendant le Libiamo, un toast choral chanté à la gloire de l'amour.
Quand j'osai enfin tourner mon regard vers lui, le sien était rivé sur la scène. Je continuais à regarder cet homme qui était malgré tout un inconnu et je sentis une émotion croître en moi. Les larmes coulèrent de mes yeux tandis qu'il me tenait par la main. Je ne m'étais jamais trouvée dans un état de quiétude aussi parfait. Après le spectacle, il me ramena chez moi. J'ai passé toute la nuit a dessiner des masques, des costumes. J'ai sculpté. J'étais portée par les forces créatrices.
Et toi, ça te fait pareil? - demanda-t-elle, interrompant sa narration. - Quand tu es en train d'écrire, il n'y a rien d'autre qui compte?
Oui, Francesca - -acquiesçai-je – je suis dans un autre monde.
Le lendemain, je ne le voyais pas arriver. Je préparai du papier-mâché et j'attendis.
Du papier-mâché ? - demandai-je.
C'est une pâte de fibre en papier avec du plâtre et de la colle. - répondit-elle.
Quand il arriva, il m'embrassa si fort, comme s'il ne m'avait pas vu depuis des années.
J'ai préparé du thé et je me suis mise au boulot. J'ai bourré de papier-mâché l'intérieur du masque en plâtre et je l'ai laissé sécher. Entre-temps, nous avons pris du Spritz et des zaletti (des biscuits au maïs) en parlant de nos vies respectives. Plus tard, pendant que j'étais en train de percer les trous pour les yeux, une étape qui exigeait une main particulièrement sure et précise, il restait assis, le regard rivé sur moi.
Demain tu ne vas pas peindre, tu prendras un jour de congé –annonça-t-il sérieusement.
Un jour de congé? - répondis-je, surprise. - Je ne peux pas, il ne reste que deux jours jusqu'à la fin du carnaval.
Tu finiras à temps. Demain, je t'emmène au Lido.
C'est l'île d'où Byron a nagé jusqu'à la Sainte-Croix? - l'interrompis-je.
Oui – répondit-elle...
Soudain, le téléphone sonna. J'écoutais Francesca parler à toute vitesse en gesticulant vivement. Je désirais désespérément entendre la suite de son histoire. Vu que la conversation se prolongeait, je me levai, voulant jeter un oeil dans l'atelier. Parmi les esquisses laissées sur la table, je remarquai une carte postale vierge de Paris. Je la pris dans ma main. La photo représentait la Tour Eiffel. Quand elle finit de parler au téléphone, elle recommença à raconter, m'adressant un regard triste:
Le lendemain, bien que nous ayons pris le tramway, j'avais l'impression de voyager dans un carrosse magique qui lévitait au dessus du sol. Nous restions silencieux, comme sous l'effet d'une drogue mais je savais que nos coeurs étaient ivres d'amour. Les bâtiments apparaissaient et disparaissaient de l'horizon comme les fjords baignés du soleil. L'île du Lido était très pittoresque. Nous nous sommes promenés dans la plage jusqu'à midi. Enfin, nous sommes arrivés au hameau de Malammoco. Là-bas, Pierre voulut absolument déjeuner dans un restaurant de poissons.
Il s'appelait Pierre ? - demandai-je surprise.
Oui, il était Français.
Je regardai Francesca. Son regard me semblait énigmatique, Je ne vis même pas son clin d'oeil. Ensuite, je vis ce sourire diabolique qu'elle m'avait déjà montré sur le pont. Elle éteignit quelques bougies, la lumière puis endossa le masque. Elle s'assit ensuite dans un coin de la salle, je me sentis un instant comme voguant dans un bateau sur les canaux vénitiens. Puis, quelque chose me frappa. Je m'approchai d'elle, m'agenouillai voulant caresser son masque, mais elle a retira sa tête.
Ce jour passé au Lido m'a rassurée en ce qui concerne mes sentiments. Mon coeur s'emballait pour cet homme et j'étais prête de quitter Venise pour lui si seulement il me l'avait demandé. Le même soir, nous sommes revenus en ville, il a baisé timidement ma joue et mes mains. La nuit, je n'ai pas pu dormir en m'angoissant pour l'avenir : nous serait il donné de passer encore de si beaux moments ensemble .
Je tournai la tête, car j'avais l'impression de voir des ombres marcher sur le mur.
Je décidai de peindre le masque le matin – Francesca reprit la narration – c'était le plus beau masque que j'aie jamais fait. A son arrivée, Pierre m' invita à la parade du carnaval. Je ne voyaisaucune chose ce soir-là qui ne soit pas la promesse d'un grand amour. Je sortis de l'armoire le costume de Colombine – une tenue qui ne nécessitait pas de masque – pour qu'il puisse me reconnaître.
Francesca se tut et je pouvais entendre les gouttes d'eau tomber sur le plancher. Elle se mit à frissonner. Je voulus la prendre dans mes bras mais elle se leva et s'approcha du miroir.
Quand j' arrivai place Saint-Marc, je ne parvins pas le retrouver. J'étais obsédée par la peur de ne plus le revoir. Toute la place était plongée dans un halo de poussière rouge qui submergeait les danseurs. Je restai debout au milieu de la foule quand je vis au loin un masque doré. Je sus que c'était le masque que j'avais fait. Je m'approchai de lui. Il me sembla très fort et déterminé quand il prit ma main et me tira derrière lui.
Elle essaya d'étouffer l'amertume dans sa voix, mais sans résultat.
Je le suivis et, sans y réfléchir, je fis une chose que je n'ai jamais fais avec quelqu'un que je connais à peine . Je lui donnai mon corps... Dans une ruelle sombre... Puis, quand il enleva son masque, je me suis retrouvée comme si on me braquait avec un revolver sur la tempe... Ce n'était pas Pierre.
Francesca retira le masque qu'elle portait sur son visage, le jeta sur le miroir qui se couvrit immédiatement d'une toile d'araignée de brisures. Elle se mit à pleurer.
Comment a-t-il pu me faire une chose pareille? - elle sanglotait et j'essayais de comprendre son histoire. - Comment a-t-il pu donner mon masque à une autre personne ? A quelqu'un qui m'a utilisée comme une catin ? Pourquoi ?
Je voulus la consoler, mais rien ne me vint à l'esprit. Je m'approchai d'elle et pus alors voir une cicatrice noire sur sa joue.
Tu reverras Pierre, je te le promets. - balbutiai-je.
Tu ne peux rien me promettre, rien! Je ne veux plus vivre! Je ne peux plus te voir!
Francesca... écoute, je dois te dire une chose importante.
Non – s'écria-t-elle – Va-t-en ! Je veux rester seule, tu comprends ?
Mais c'est vraiment très important – je cherchai – en vain – un moyen de prendre la parole.
Va-t-en tout de suite ! - hurla-t-elle d'une voix si puissante que l'écho de sa voix a résonna dans l'atelier.
Avant de partir, je sortis un stylo de mon sac et j' écrivit sur la carte postale avec la Tour Eiffel:
«Demain à 15h je prends le train pour Paris. Je t'en prie : viens me dire au revoir. Je t'attendrai au café de la gare une heure avant mon départ. On prendra un café ensemble. Madlen».
En allant à la gare, je m' arrêtai devant la vitrine d'une papeterie. Là, sur une toile pliée avec art, reposait un étui dans duquel il y avait une belle plume. Elle était ornée une gravure de la tour de l'horloge, il en émanait quelque chose de mélodramatique. Je me dis que l'heure d'affronter le passé et de revenir à Paris avait déjà sonné. Une fois arrivée à la gare, je laissé mon bagage à la consigne et, je ne sais pas grâce à quel miracle, je tombai sur Pierre.
Madlen, tu ne me croiras pas! s'écria-t-il de loin.
Tu ne croiras pas ce que je vais te dire – l'interrompis-je mais il avait l'air de ne pas m'écouter , en proie à l'excitation.
J'ai trouvé quelque chose d'exceptionnel pour ma galerie parisienne! - il en perdit presque haleine pour me le dire:
Un collier magnifique «Larmes angéliques de la Méditerranée!»
Ce n'est pas possible... d'où-ça? Comment? - exigeai-je. +
Je le vos ce matin sur la nuque d'une femme et je suppliai son mari de me le revendre. Il me dit qu'il l'avait acheté à Milan où il fut mis aux enchères par une dame de Londres.
Ils refusèrent me le vendre jusqu'à ce que je signe le chèque.
Pierre – l' interrompis-je en lui serrant sa main – Je suis vraiment contente – dis-je d'un ton sérieux. Mais ce n'était pas le collier qui m'intéressait dans l'instant. J'eus une idée diabolique. Pierre fronça les sourcils et je chuchotai: Il y a des choses plus précieuses que le collier: l'amour.
Il soupira et me donna raison en se retournant :
Pierre – dis-je après un instant – je veux que tu me donnes ton billet pour Paris, j'y vais à ta place.
Je ne comprends pas – il me regarda avec stupeur.
Tu dois rester ici, c'est là qu'est ton coeur. - expliquai-je solennellement. - Ici, à Venise.
Je ne comprends toujours pas... il me prit le bras – Madlen, ça va bien ? - demanda-t-il ... je souris.
Je ne te connais pas vraiment, mais il semble cependant que je te connaisse un peu grâce à l'histoire qui m'a été racontée par une fille... Francesca – j'indiquai la cafétéria d'un geste de la main – Elle est là, elle t'attend... Vas-y!
Mon Dieu... - il me refila son billet sans hésitation, tout excité. Il voulut me dire quelque chose, mais n'y réussit pas. Il me baisa rapidement la joue et est partit en courant vers le café.
Je restais debout en pliant dans ma main le billet pour Paris. Je compris alors que je ne perdrai plus une seconde de ma vie. Je consacrerai mon temps à devenir heureuse, je me laisserai emporter par le destin, je me laisserai emporter par l'amour.